ALITA – BATTLE ANGEL : chronique

L’adaptation du manga « Gunnm » de Yukito Kishiro permet à Robert Rodriguez d’obtenir son plus gros budget à date. Tout est à l’écran mais pas forcément à bon escient.

 

Dans une décharge, le Dr Ido (Christoph Waltz) retrouve la tête d’un cyborg et lui offre, dans son laboratoire, un corps synthétique tout neuf. Il la baptise Alita et découvre à son grand regret qu’elle a des aptitudes au combat hors-pair. La jeune fille devient justicière dans un monde où Nova et son lieutenant Vector (Mahershala Ali) font régner la terreur. Pitch franchement pas original pour un univers riche, cyberpunk à souhait. Alita, Wonder Woman d’acier (les parcours cinéma de l’héroïne du manga et de la super-héroïne DC ne sont pas si éloignés, jusqu’à de troublantes ressemblances d’ailleurs), cache son humanité dans cette nouvelle virginité et cette volonté de bouffer la vie, de tout apprendre. Il est donc terriblement émouvant de voir cette jeune fille innocente retrouver sa véritable identité dans ses instincts les plus guerriers. Notre héroïne ‘cameronienne’ au carré (Jim, à l’origine du projet, est désormais producteur), débardeur inclus, a beau maîtriser les techniques de combat, les scènes les plus violentes manquent cruellement de chair. Puisque tout est possible en numérique – le film, hybride, lorgne parfois beaucoup plus du côté de l’animation que du live action –, aucun sens du danger ne perce de l’écran. Démembrée puis ressuscitée à l’envi, Alita résiste à toutes les tortures grâce à sa nature frankenstein-esque. Idée amusante, jamais exploitée autrement que graphiquement. Autour d’elle, il n’y a pas plus de chair : on passe sur l’infirmière posée là en mode décoratif, faire-valoir du Dr Ido, lui-même jouant les figures paternelles en mode automatique… Plus problématique le love interest, Hugo, est totalement transparent, et les motivations des méchants totalement insignifiantes. C’est le problème de concevoir les films comme des épisodes pilote de franchises en devenir : l’histoire s’arrête là où elle devrait démarrer et l’écriture superficielle capitalise bien trop sur l’intérêt et la patience du spectateur. Impardonnable réflexe hollywoodien qui rend l’entreprise très antipathique. Reste que, bénéficiant d’un budget de blockbuster, Robert Rodriguez s’amuse visiblement avec ses caméras, qu’elles soient réelles ou virtuelles. Adroit et joueur, il fait preuve d’un sens de la dynamique et de la célérité jubilatoire, même si son goût artistique est douteux. Fichtre que cette bouillie CGI peut par moments s’avérer d’une laideur abyssale ! Étrangement, ce qui avait rebuté aux premières images, ce regard rond, disproportionné, presque grotesque d’Alita, c’est tout ce qui nous raccroche à cette super production mal dégrossie. La force de ce personnage, c’est d’être au-dessus du film si bancal et si bruyant qu’on lui a dédié. C’est dire le potentiel.

De Robert Rodriguez. Avec Rosa Salazar, Christoph Waltz, Mahershala Ali. États-Unis. 2h10. Sortie le 13 février

2Etoiles

 

 

 

 

Source: ALITA – BATTLE ANGEL : chronique