Sur Novaya Zemlya, un archipel russe s’étendant dans l’océan Arctique, des barrières ont été dressées autour des jardins d’enfants, et des véhicules spéciaux transportent le personnel militaire sur leur lieu de travail. À présent, les habitants craignent de devoir quitter leur domicile.

L’archipel est notamment connu pour avoir autrefois accueilli des essais nucléaires soviétiques, comme la plus grande explosion d’origine humaine, lorsque la « Tsar Bomba », une bombe à hydrogène de 57 mégatonnes (soit l’arme de destruction massive la plus énergétique jamais utilisée), a détonné en 1961. Cette explosion n’a fait qu’envenimer la course aux armements de la Guerre Froide à l’époque.

Mais aujourd’hui, le paysage de Novaya Zemlya est aride, et assiégé par des dizaines d’ours polaires… Les écologistes marins ont longtemps mis en garde contre le danger que représente le réchauffement de la planète pour les espèces vulnérables telles que les ours polaires. En effet, dans les confins de la Russie, la situation est devenue compliquée pour les êtres humains également. Des responsables de la région d’Arkhangelsk, là où se trouve l’archipel, ont proclamé l’état d’urgence samedi dernier, à cause des mammifères errant dans la région.

De manière générale, les ours polaires naissent sur terre, mais vivent principalement sur la banquise, où ils chassent et se nourrissent de phoques. Cependant, lorsque la glace arctique se raréfie en raison de l’accélération du changement climatique, ces animaux se déplacent sur la terre ferme, recherchant désespérément de la nourriture. De ce fait, il arrive que parfois, ils entrent en contact avec des populations humaines locales.

Au moins 52 ours polaires se sont rassemblés près de Belushya Guba, la principale colonie du territoire insulaire, qui est toujours utilisée comme garnison militaire et dont l’accès au public est limité. Lors du recensement de 2010, la ville comptait environ 2000 habitants. À présent, ces ours polaires pourraient bien être abattus de manière sélective si les autorités russes ne trouvent pas un autre moyen de les empêcher de menacer les habitants de l’avant-poste de l’île, où ils ont commencé à se rassembler en décembre 2018.

Les autorités locales ont émis des avertissements quant à « l’invasion massive d’ours polaires dans des zones résidentielles », et ont promis d’agir en réponse à « de nombreuses plaintes orales et écrites exigeant une sécurité accrue dans la zone ».

Les autorités ont également déclaré que la situation était sans précédent : « Je suis à Novaya Zemlya depuis 1983, et il n’y a jamais eu autant d’ours polaires dans les environs », a déclaré Zhigansha Musin, responsable de l’administration locale selon TASS, l’agence de presse officielle russe. TASS a également signalé que les animaux avaient tenté de pénétrer dans des immeubles de bureaux et des quartiers résidentiels, qu’ils avaient poursuivi des résidents, et qu’ils avaient adopté un comportement agressif.

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Des photos et des vidéos postées au cours de ce week-end montraient des ours polaires défilant dans les rues, apparaissant sur des terrains de jeux, regardant les chiens et se nourrissant de déchets.

« Les gens ont peur. Ils ont peur de quitter leur foyer et leur routine quotidienne est brisée. Les parents ont peur de laisser leurs enfants aller à l’école (…) », ont indiqué des responsables régionaux dans un communiqué. Apparement, les patrouilles de véhicules et les brigades de chiens semblent ne faire aucune différence. Les ours polaires ne sont pas découragés et continuent de représenter une « menace pour la vie et la santé des habitants » ont indiqué les autorités, qui ont ajouté que des mesures plus drastiques seraient nécessaires pour résoudre la situation.

Bien entendu, les résidents ne sont pas autorisés à chaser (tuer) ces animaux, qui sont classés comme espèces vulnérables en raison de la « perte actuelle et potentielle de leur habitat de glace de mer résultant du changement climatique », selon le World Wildlife Fund (WWF).

À l’heure actuelle, l’Union internationale pour la conservation de la nature estime qu’il n’y a plus que 22’000 à 31’000 ours blancs à travers le monde. Jusqu’à présent, l’organisme de surveillance de l’environnement de la Russie a refusé de délivrer des licences permettant de tuer ces animaux, considérés comme nuisibles par les autorités. Au lieu de cela, une équipe d’experts a été envoyée dans la communauté insulaire dans le but de protéger les résidents. Seulement, si cette intervention ne suffit pas pour résoudre la situation, « un abattage restera la seule et unique réponse forcée », a déclaré TASS.

Selon une étude réalisée en 2013 et publiée dans la revue Nature, les ours polaires se battent pour survivre dans des conditions défavorables, motivés par les conditions climatiques changeantes de l’Arctique, qui se réchauffe plus de deux fois plus vite que le reste de la planète. De plus, les modèles des scientifiques suggèrent que la glace de mer arctique se dégrade à un taux de près de 13% par décennie. Des scientifiques ont également évoqué le changement climatique pour expliquer la faim et le comportement agressif d’un groupe d’ours polaires qui ont encerclé une station météorologique dans l’Arctique en 2016, menaçant une équipe de chercheurs russes.

Les animaux qui se promènent sur Novaya Zemlya se sont aventurés à l’intérieur des terres, « à l’extrémité sud de l’archipel, là où la glace s’amincit rapidement », a expliqué Ilya Mordvintsev, de l’Institut d’écologie et d’évolution de Severtsov. Sur leur route vers le nord, où la glace est plus épaisse, les ours polaires ont trouvé d’autres sources de nourriture, et se sont arrêtés pour se nourrir des déchets.

Cependant, comme vous pouvez vous en douter, un régime alimentaire à base de déchets ne nourrit pas correctement les ours polaires (ni qui que ce soit d’ailleurs). Comme détaillé dans un article de la revue Science, datant de 2014, leurs besoins énergétiques nécessitent des « proies riches en matières grasses ». En effet, à l’époque déjà, les auteurs ont constaté que les ours sont très vulnérables au changement climatique, en raison de leur dépendance aux conditions glacées pour acquérir leur nourriture (notamment des phoques), ainsi que d’autres animaux qui les font vivre, comme par exemple les poissons et les oiseaux aquatiques.

Lorsque les besoins carnivores d’un ours polaire ne sont pas satisfaits, ou lorsqu’il doit se déplacer plus vite et plus loin pour se rassasier, sa condition physique en souffre. À cause de cela, les capacités de reproduction d’une femelle peuvent également s’affaiblir. La US Geological Survey a averti en 2007 déjà que les deux tiers de la population mondiale des ours polaires pourrait bien disparaître d’ici 2050, en raison de l’amincissement et de la disparition de la banquise.

À présent et malheureusement, il semblerait bien que cette prédiction soit gentiment vérifiée. Par exemple, en décembre 2017, l’attention du monde entier a été brièvement concentrée sur une vidéo d’un ours polaire émacié, qui luttait pour se tenir debout dans l’Arctique canadien. « Voilà à quoi ressemble la famine. Les muscles s’atrophient. Il n’y a aucune énergie. C’est une mort lente et douloureuse », a écrit sur les médias sociaux Paul Nicklen, le photographe qui a capturé la scène. Ce dernier a ajouté avoir été ému de partager cette scène, bien qu’écrasante, avec le monde entier, dans l’espoir de « briser les murs de l’apathie ».

Quant aux ours polaires se promenant sur les terres de Novaya Zemlya, il s’agit d’une affaire à suivre. En espérant que ces derniers continuent leur chemin avant de se faire descendre par les autorités locales.

Source : TASS

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