VICE : chronique

Après la finance dans THE BIG SHORT, Adam McKay s’attaque à la politique avec un biopic grinçant de l’ex vice-président des États-Unis, Dick Cheney.

 

Wyoming, un soir de 1963. Dick Cheney, monteur de lignes de 22 ans, se fait arrêter pour conduite en état d’ivresse. Trente-huit ans plus tard, le 11 septembre 2001, le vice-président Cheney se saisit sans ciller d’une des prérogatives du président et ordonne à l’armée d’abattre tout avion posant un potentiel problème de sécurité. Que sépare ces deux instants juxtaposés dans le pré-générique de VICE ? Les mécanismes qui ont fait de Cheney l’un des hommes les plus puissants du XXIe siècle, c’est ce qu’entend explorer le nouveau film d’Adam McKay. Et il ne compte pas le faire le petit doigt sur la couture, mais la gueule grande ouverte. Ne cherchant jamais la solennité, McKay, comme il l’avait fait dans THE BIG SHORT, entend au contraire attaquer son sujet frontalement. VICE aborde Dick Cheney par tous les angles d’attaque possibles, de la comédie à la tragédie, de la caricature à la vérité, de la diatribe partiale à des tentatives d’humanisation. Et pour ça, VICE regorge d’idées : de casting (ces Présidents campés par des character actors / les hommes de l’ombre par des stars), de montage, de mise en scène (un faux générique hilarant au milieu du film)… Satire jusqu’au bout des ongles, jusque dans sa manière de rire du révoltant, VICE détricote le destin de Dick Cheney et, avec lui, l’ère George Bush et ses conséquences. Quitte à pousser le bouchon : d’aucuns verront un danger à dépouiller ces faucons de leurs idéologies, de représenter Cheney et Donald Rumsfeld riant de leur absence de conviction politique dans une première partie aux atours de heist movie, où la Maison Blanche aurait remplacé le casino. Cette partialité un peu crasse semble pourtant un juste retour des choses, voire un portrait des méthodes utilisées par les politiques des années 2000 et 2010 – et notamment le recours sensationnaliste à l’émotion épidermique des masses. C’est sans doute le brio de VICE : parvenir à dénoncer la manière dont l’administration Bush a anesthésié le monde en gesticulant et en agitant la peur comme dans un spectacle de marionnettes, tout en gesticulant lui-même pour être un spectacle hautement divertissant. VICE va vite, il part dans tous les sens, il amuse, brocarde, dénonce, brise le quatrième mur, dérape par moments – sa scène post-générique, assez poussive. Mais face à cette effusion qui embrasse son mauvais goût et ses opinions, le spectateur ne peut qu’entrer en discussion avec le film, voire en questionner le traitement et, par ricochet, son propre regard. Qu’un film aussi partial parvienne à engager à ce point le spectateur n’est sans doute pas la moindre de ses qualités.

D’Adam McKay. Avec Christian Bale, Amy Adams, Steve Carell États-Unis. 2h12. Sortie le 13 février

4Etoiles

 

 

 

 

Source: VICE : chronique